Le travail à domicile en système industriel

L’entreprise Doré-Doré de Fontaine-les-Grès [1]

Gracia Dorel-Ferré – conférence donnée le 5 octobre 2020

À la fin des années 1980, on imaginait que l’électronique, adaptée non seulement aux ordinateurs mais à la programmation des machines les plus diverses, allait provoquer un mouvement irrésistible vers une forme renouvelée de travail à domicile. J’étais à l’époque conseillère technique au Secrétariat d’État aux Droits des femmes, et nous avions ce chantier à promouvoir ; les féministes de l’époque étant convaincues de son impact et de ce que son usage à large échelle allait simplifier bien des situations sociales intolérables et les longs déplacements pendulaires de travail qui compliquaient à l’infini la garde des enfants. Les faits récents, aussi inattendus que planétaires, ont remis sur la table la question du travail à domicile, sous la forme du télétravail.

Atelier de bonneterie à Estissac – Coll. particulière

Ce sujet n’est pas neuf [2]. Il nous conduit à réfléchir sur les conditions du travail depuis l’aube de la société fabricante, ce que les historiens du travail n’ont pas manqué de faire jusqu’à présent. Sa désignation prête pourtant à confusion. En effet, on parle de travail à domicile aussi bien pour les ateliers indépendants, qui vendent leur production à leur compte,  que pour les travaux à la commande, rémunérés par le donneur d’ordre.  Or, si je reprends la définition donnée récemment par une des meilleures spécialistes du sujet, Colette Avranne [3], le travail à domicile « est le travail salarié accompli au logis, transformé à cette occasion en atelier ». Mais « contrairement à l’artisan qui est propriétaire de ses outils, libre de fabriquer ce qu’il veut et de le vendre à qui bon lui semble, les ouvriers et ouvrières à domicile dépendent d’un patron qui leur fournit la matière première à transformer en échange d’une maigre rétribution ». Dans l’espace de référence qui est le nôtre, celui de la Champagne-Ardenne, les cas de figure ont été nombreux, mais il semble que l’Aube, suivant son promoteur, André Doré, ait développé un système particulier, celui de l’atelier familial, qui échappe à la définition [4].

1. Le travail à domicile, une localisation et un fonctionnement varié.

Il est probable que dans sa double acception, le travail à domicile a existé depuis très longtemps, stimulé par la demande du marché, lointain ou proche. Des témoignages précis nous viennent de la période médiévale, mais c’est surtout à partir du XVIe siècle que nous en connaissons les facettes, avec le système de la manufacture dispersée. Il s’agit de distribuer, en ville ou à la campagne, dans un système de production peu mécanisé et disposant éventuellement de l’énergie hydraulique, les parties du travail indispensables mais à faible valeur ajoutée. Le cas le mieux connu est celui du textile. Entre les nombreux exemples que l’on pourrait avancer, celui de Villeneuvette près de Montpellier est un témoin encore visible aujourd’hui d’une manufacture colbertienne.  Des tisserands de Hollande avaient été attirés pour une fabrication bien précise, des toiles de laine expédiées dans les Échelles du Levant,  à partir du port de Sète. Pour alimenter la manufacture, on filait la laine à 25 lieues à la ronde, ce qui est considérable. Le filé était obtenu à la main avec une relative mécanisation du rouet. Avoir une quenouille à la main est d’ailleurs le stéréotype de la représentation féminine dans la peinture, dès l’époque médiévale, que ce soient dans les manuscrits ou sur les célèbres fresques du château d’Issogne, d’Aoste. Au XVIIIe siècle, si l’on en juge par les registres d’imposition, veuve, pauvre et fileuse sont pratiquement synonymes [5].

À la même époque, les usines textiles de Sedan essaiment la filature et dans une moindre mesure, le tissage dans un rayon d’au moins 25 kms autour de la ville. Elles reçoivent la laine que l’on distribuera dans les villages et sur place, on effectue les opérations de  teinture et les finitions et l’on se charge de l’expédition. Àla même date, la « fabrique de Reims », pour des textiles de laine, encore une fois, donne de l’ouvrage à une vaste étendue de campagnes qui va des portes de la ville jusqu’à Saint Michel en Thiérache. Cette situation durera jusqu’à la première moitié du XIXe siècle. Elle n’est pas spécifique au textile : dans la vallée de la Meuse, les « boutiquiers » ardennais achètent les lingots de fer dont ils vont tirer des clous, des vis et des écrous. Des villages entiers, dans les hauts plateaux bourguignons, autour de Joinville, sont entièrement dédiés au travail métallurgique, pour lequel il est précisé, dans les recensements de la fin du XVIIIe siècle, si la production est pour un usage interne ou pour l’exportation. Parmi ceux dont le travail est une spécialité largement diffusée dans le royaume : les couteliers de Nogent et de Langres. Ledétail d’une carte du XVIIIe siècle nous en donne les étapes du travail, distribuées entre plusieurs protagonistes.

Le travail à domicile se reconnaît à travers des détails de la construction : ce sont les maisons sur cave du Saint-Quentinois, dont les soupiraux sont surélevés pour assurer la lumière pour le tissage qui doit rester dans une ambiance humide. Les ateliers de canuts à Lyon, tout comme les passementiers de Montreuil aux Lions, près de Château-Thierry, se reconnaissent à leurs grandes fenêtres qui laissent passer la lumière du jour. Derrière était placé le métier jacquard dont la haute taille nécessitait de hauts plafonds. Mais l’identité n’est pas toujours perceptible : l’atelier du bonnetier a longtemps été une pièce aménagée près de la fenêtre avec une boule de verre remplie d’eau pour conserver la lumière le plus longtemps possible. Dans un tel système, tous les membres d’une famille sont requis. Parfois même embauche-t-on une ou deux personnes, familiers ou voisins.  Et on ne s’étonne pas de voir des jeunes filles ou des femmes serrer les boulons et fabriquer des vis, dans la « Vallée ». Les distinctions sont plus subtiles chez les bonnetiers troyens, avec les hommes davantage à l’entretien et au perfectionnement des machines et les femmes à la gestion et à la production.

Le travail en chambre, comme on appelle le travail  à domicile en ville, n’assure généralement qu’une fraction de tâche : une finition, un remaillage, la pose d’un accessoire. Tout ce système repose sur l’utilisation la plus judicieuse d’une main d’œuvre experte et disponible : « occuper la main d’œuvre » reste le souci premier d’une bonne gestion économique, tant locale que nationale.

Tout change pourtant en ce XVIIIe siècle, lorsque l’on imagine un autre système de production, à partir d’un lieu où des machines, en batterie, sont actionnées par une énergie naturelle ou fabriquée, fournie par un moteur ou une chaudière : ce nouveau lieu s’appelle l’usine [6]. Désormais ce n’est pas le travail qui va à la main d’œuvre, mais la main d’œuvre se déplace pour aller au travail. Il s’agit de répondre à la demande d’un marché toujours plus étendu, dans le contexte d’une expansion européenne en Amérique, fondée sur la colonisation et l’esclavage.

En quoi consiste ce nouveau processus de production ? Des machines, à travers des engrenages et des axes de transmission sont mises en mouvement par des roues hydrauliques ou des machines à vapeur. Se pose alors un problème crucial, qui est celui d’amener l’énergie (eau ou charbon) là où elle est insuffisante ou inexistante. Ce sera le grand défi de la Champagne-Ardenne, où régnait la manufacture dispersée, mais qui va devoir résoudre de gros problèmes d’équipement énergétique pour pouvoir continuer à exister. L’eau est partout, mais les faibles dénivelés ne permettent que peu de chutes. Le charbon est apporté par le train, depuis les zones d’extraction, mais il est d’autant plus cher que le transport depuis la gare est plus long. Tout cela limite la taille des entreprises et avant 1870, pas de très grandes entreprises en Champagne-Ardenne, pas de grandes concentrations ouvrières et donc, pas de quartiers ouvriers étendus, comme c’est le cas dans les régions voisines, conurbation de Lille-Roubaix-Tourcoing ou Lorraine de wendélienne. À la fin du XIXe siècle, cependant, Troyes compte deux ou trois usines de grande taille (respectivement 2000, 2000 et 1200 ouvriers) et plusieurs autres frôlent les 3000 dans les années 20 du XXe siècle [7].

Ce point-là est important car il explique la grande mixité socio-industrielle que l’on retrouve en Champagne-Ardenne, depuis de la « Vallée » de la Meuse à Nogent en Bassigny, en passant par Reims, Châlons-en-Champagne et Troyes, qu’il s’agisse de régions textiles, métallurgiques ou agro-alimentaires : les usines côtoient les ateliers domestiques, les maisons de maître, les maisons de bonnetiers. Très souvent, les dynasties industrielles sont issues d’un artisan ou d’un négociant sorti du rang, et créent des entreprises de taille petite ou moyenne. Beaucoup, pour ne pas dire la plupart, fonctionnent avec un réseau à géométrie variable d’ouvrières à domicile. Les usines ont largement puisé dans ce vivier pour se constituer elles-mêmes, mais l’électrification du début du XXe siècle a sans doute aidé à renforcer le travail à domicile, masculin [8] ou féminin.

2. Quels sont les avantages et les inconvénients de l’atelier à domicile ? Une littérature variée et argumentée est produite dans le dernier tiers du XIXe siècle et le premier tiers du XXe.

Le travail à domicile a été un système débattu avec virulence à la fin du XIXe siècle et jusque vers les années 30 du XXe siècle. Travail parcellisé, confié à une main d’œuvre en chambre, il est majoritairement féminin et misérable [9]. Il a été abondamment décrit dans la littérature du XIXe siècle et a rassemblé les témoignages les plus divers. Tous pointent l’incroyable vulnérabilité de ces malheureuses exploitées de la façon la plus cruelle et abandonnées à leur sort, comme titre la chanson de l’époque.

L’historienne Helen Harden Chenut, que nous suivons pas à pas pour l’histoire industrielle de Troyes, a souligné combien les grandes idéologies du XIXe siècle et du premier tiers du XXe siècle sont des cadres de pensée masculins. La situation de l’ouvrière n’échappe pas à cette règle générale : elle est vue, dans les interventions des partis et des syndicats, à travers une conception machiste de la société, dans laquelle le travail de la femme, pourtant systématiquement moins payé, est vu soit comme un misérable appoint soit comme un lieu de  compétition avec la main d’œuvre masculine. Plus important, sans doute,  le travail des femmes a pour contrepartie leur autonomie, voire leur liberté sur le plan économique, même avec un salaire de misère. Ce qui était exceptionnel avant l’industrie, devient désormais monnaie courante. Et devant cette situation, patrons et ouvriers vont avoir, implicitement, un même objectif, celui de maintenir la femme dans le cadre de la société patriarcale.

En effet, la grande affaire des siècles de l’industrie aura été de contrôler la main d’œuvre féminine, indispensable, tout en restant dans les cadres prescrits par la loi, l’Église et les mœurs. Dans la pratique, on a eu recours à l’aide d’ordres religieux pour encadrer les filles, soit dans des pensionnats, parfois à l’intérieur même de l’usine, comme aux usines Bonnet à Jujurieux, où le pensionnat réunissait plus de 500 filles, soit comme chez Hoppenot, à Troyes, dans une « maison familiale » tenue par les sœurs oblates où les jeunes filles seules trouvaient en quelque sorte un substitut du foyer et un lieu de formation professionnelle. Cependant, tout une partie de la main d’œuvre échappait à ces initiatives, celle de la main d’œuvre féminine mariée et mère de famille. Pour celles-ci, un recours était tout trouvé : le travail à domicile, que l’on soit en ville ou à la campagne.

Un texte publié en 1832 [10] pose la question de savoir s’il est préférable de réunir des ouvriers dans de grands ateliers ou de les laisser travailler chez eux, pour le genre d’industries qui en sont susceptibles. La réponse est sans ambages, et donne la vision de l’entrepreneur : « Le travail fait au domicile est désirable sous plusieurs rapports. Le fabricant a moins de déboursés à faire, puisqu’il n’a pas le local du principal travail à fournir ; la surveillance est moins nécessaire, l’ouvrage se faisant à la pièce et le vol de la matière première moins facile, l’ouvrier la recevant pesée ou mesurée. »

En résumant les arguments on trouve, en première position, l’idée que la femme a tout à gagner en travaillant chez elle. Point de déplacements qui font perdre un temps précieux. Elle évite toute promiscuité, peut vaquer à l’entretien de son intérieur, préparer les repas pour son mari et ses enfants, tout en assurant à la famille un petit revenu. Bien sûr le salaire est infime, encore plus qu’à l’usine, mais l’ouvrière en chambre ne compte pas ses heures. La morale est sauve et la production aussi. Le travail à domicile devient une possibilité, pour l’industriel, de poursuivre, sans accroc, sa production, qui peut fluctuer sans problèmes au gré des commandes, et sans que le système social en vigueur soit menacé. Il y trouve d’autres avantages : la mécanisation est encore balbutiante, l’équipement industriel est minime et la main d’œuvre, moins payée que si elle travaille à l’usine. Enfin, the last but not the least, étant seule chez elle, dans un contexte différent de celui des usines, elle n’est pas portée à la revendication et à se syndiquer. Moins chères et plus dociles…

Domaine opaque, la question de la main d’œuvre féminine à domicile est l’objet de plusieurs enquêtes publiées au début du XXe siècle, mais sans aucune illustration.  Elles révèlent l’existence de centaines de milliers de travailleuses à domicile, mais l’émotion produite n’est pas suivie d’effet. Mais l’impact le plus grand est provoqué par l’Exposition universelle de Bruxelles de 1910, qui leur dédie un pavillon entier, où sont exposées les photos d’Anthony Neuckers [11]. À la suite, des mesures législatives seront prises en France en 1915, mais il faudra attendre 1934 pour la Belgique.

Parallèlement à la tenue de l’Exposition Universelle, et s’appuyant sur les grandes enquêtes nationales, Georges Mény [12], prêtre et avocat, une grande personnalité dont il faudrait revendiquer l’œuvre, fait une description particulièrement horrible du travail à domicile (mauvaises conditions de travail, exploitation éhontée, emploi des enfants qui manquent l’école, insalubrité des logements, et partant, diffusion des épidémies) …  Il pointe l’impossibilité d’un recensement, le fait que le travail soit intermittent, qu’il soit perçu comme un gain accessoire et non comme une profession, porte ouverte à tous les abus.

Ces arguments sont repris dans les années suivantes.  Georges Renard, dans L’ouvrière à domicile, publié en 1927, donne le ton. Il parle de 900 000 ouvrières à domicile au début du XXe siècle en France mais suppose que la guerre a fait exploser le chiffre. Il étaye son opinion sur le fait que la diffusion de petits moteurs à gaz, au pétrole et surtout à l’électricité permettent à l’ouvrier de recevoir chez lui la force motrice dont l’usine avait, jusque-là, la possession absolue. Cette disposition est en particulier adoptée depuis l’électrification des petites villes et des campagnes. Renard n’est d’ailleurs pas favorable à une disparition des ateliers à domicile, car, nous dit-il, certains travaux sont par essence féminins : la fabrication des chapeaux, des robes de dame, les dentelles, les vêtements de poupées… On peut bien sûr ne pas partager l’opinion de l’auteur. Plus sérieusement, il encourage à la formation d’unions ouvrières et d’associations diverses et même l’intervention des pouvoirs publics.

Ce point est particulièrement discuté à l’aube des années 1930. Certains voient dans la pratique du travail à domicile un espace de production hors-la-loi, qui se développe en dehors des règles imposées par la législation du travail. La loi du 10 juillet 1915 détermine un salaire minimum : comment contrôler le fonctionnement, détecter les abus, punir les fraudeurs ? Les législateurs voient, non sans raison, dans ce vide juridique, un véritable danger social et une impuissance de l’Etat face aux industriels.  Le nombre d’études et de congrès réunis que cette question montre que la solution était loin d’être trouvée dans les années 30. On se heurtait, en particulier, à la sous-évaluation d’un phénomène que l’on n’a jamais su vraiment quantifier, à la peur des ouvriers en chambre d’être dénoncés et de perdre leur travail, enfin aux réticences à toute association, si accueillante fut-elle. Pire encore dans une France à la démographie en baisse, comment ménager l’ouvrière et la mère de famille ? Daté de 1934, un article de la Revue d’économie sociale et rurale, qui reprend elle-même un Dossier de l’Action Populaire et qui a pour titre « Comment rendre possible la vie de la mère au foyer », passe en revue les tares du travail à domicile, que ce soit pour l’ouvrier ou le patron. L’article retient cependant un exemple : la « belle réalisation d’une grande fabrique de bonneterie de l’Aube, l’usine Doré, et la décrit soigneusement. Il cite également les lois récentes qui ont soit régularisé soit permis la multiplication des ateliers familiaux (lois de 1931 et de 1932 qui facilitent l’achat de terrains à bâtir et la construction de logements du type HBM). Il est donc temps de se tourner vers l’entreprise DD et analyser les raisons de son succès.

3. Le cas DD dans la perspective champardennaise des années 1930. Ateliers familiaux et travail à domicile [13]

La présence et la multiplication des ateliers familiaux n’est pas une originalité strictement troyenne, mais elle acquiert dans l’Aube, un trait particulier. Ce sont des ateliers, c’est-à-dire des lieux de travail domestiques, et ils sont familiaux parce que toute la famille est concernée. Il est cependant parfois difficile de faire la part de l’atelier et du travail à domicile…Ce qui est original, sans doute, c’est, dans le cas de Doré-Doré, la nature des liens qui relie l’atelier familial à l’entreprise, sur lesquels André Doré s’est expliqué, comme on le verra par la suite.

Malgré quelques sources patronales d’une grande richesse [14], il reste beaucoup de points obscurs ans la trajectoire de cette famille, que le contexte de l’époque peut éclairer. Entrepreneurs bonnetiers dès 1819, les Doré ont su jouer habilement des innovations successives sur lesquelles ils ont bâti le succès de leur entreprise : le chemin de fer qui rend les importations de coton et les exportations des produits fabriqués plus facile ; l’électrification qui permet de fixer encore pour quelques temps les travailleurs à domicile.

Les chiffres parlent d’eux-mêmes : en 1867, on estime que les fabriques troyennes n’emploient que le dixième des ouvriers de la bonneterie. En 1878, la proportion est inférieure au tiers. Mais autour de 1910, l’emploi des petites tricoteuses actionnées à l’électricité, se répand et permet le développement d’un nouveau travail à domicile. A cette date on estime (chiffre donné par la Chambre de Commerce) qu’il existe un minimum de 20 000 ouvrières à domicile, chiffre considéré comme énorme. En 1938, la bonneterie de l’Aube occupe environ 25 000 ouvriers et 5000 ateliers familiaux, avec une majorité d’ouvrières.  Une partie de ces ateliers travaille pour la firme Doré-Doré.

Le créateur de l’entreprise, Doré, en 1819, est un donneur d’ordre et un répartiteur de matière première, dans le cadre de la manufacture dispersée. Il installe à Fontaine les Grés, une sorte de comptoir qui gère les commandes et expédie la production, en liaison avec quelques boutiques parisiennes. L’entreprise, pour marquer la fusion de deux branches de la famille, devient Doré-Doré à la génération suivante. En 1867, elle est présente à l’Exposition Universelle de Paris, comme client de la Compagnie Française des cotons et produits agricoles algériens. L’expansion de la firme se base sur le travail à domicile, pérennisé et qui petit à petit se transforme en un réseau d’ateliers fidèles sur lequel s’appuie la famille patronale. Les arguments pour le maintien d’une telle organisation sont de divers ordre. Du point de vue de la fabrication, c’est la souplesse de fonctionnement et la réactivité des ateliers ; du point de vue de l’entrepreneur, c’est l’économie de la construction d’une usine, toujours onéreuse et surtout c’est la gestion d’un personnel qui n’étant pas concentré, ne s’organise pas pour protester, comme ce sera le cas à Troyes.

Saint-Ange Doré et son fils André, associé à la marche de l’entreprise à partir de 1908 vont porter le système à son somment.

L’histoire de la dynastie Doré-Doré est encore à écrire. Des constantes se dégagent pourtant : ils ont tous été maires, tout au long du XIXe siècle ; ils ont tous participé à l’équipement de leur petite commune et marqué de l’intérêt pour l’École. Les deux derniers représentants sont les mieux connus, mais il subsiste des zones d’ombre importantes. Nous savons que Saint-Ange Doré, maire de Fontaine-les-Grès pendant de longues années et membre de la Chambre de Commerce de Troyes, était proche du patronat catholique lillois. Il devait être au courant des grands débats autour de la politique sociale qui a abouti à l’Encyclique De rerum novarum et il a probablement inspiré la politique sociale que son fils André mettra en œuvre. Ce qui apparaît, dans les quelques sources entrepreneuriales dont nous avons pu disposer, c’est que le système DD, déjà bien en place avant la Première guerre mondiale, connaît une croissance vertigineuse jusqu’au début des années 30. Avec deux nuances, mais c’est encore une hypothèse : le travail à domicile existe et la firme se repose sur lui ; il est recentré, amplifié et théorisé, en quelque sorte, après la Première guerre mondiale. C’est probablement là son originalité. Car au moment où se fait la concentration usinière la plus forte, à Troyes, la firme préfère miser sur les ateliers familiaux qu’elle équipe, confortablement, mais à moindre coût. A la tête de cette ascension vertigineuse, le père et le fils. Du dernier, André, on connait la formation : né à Fontaine les Grès, il va à l’école et passe le certificat d’études. Il poursuit ses études chez les dominicains d’Arcueil, près de Paris et entre ensuite à l’École supérieure de Commerce de Paris. A partir de 1908, associé à son père, Saint-Ange Doré, il fait d’abord une suite de stages dans toutes les branches de l’entreprise ce qui lui permet d’en connaître exactement tous les rouages.

Dès le lendemain de la Première guerre mondiale, la politique de construction de logements est commencée et elle dure jusqu’en 1923. Pas moins de 254 logements sont construits (maisons ouvrières, de cadres, de polonais…). Suivent dans la foulée les pensions pour célibataires et la célèbre Popote. Dans les années qui suivent, un ensemble de dispositions sont prises au niveau du bien être dans les logements mais aussi pour la santé, le sport, et la retraite. La longue litanie des mesures sociales DD s’étend jusqu’au début des années 30. Tous les aspects de la vie ont été envisagés et améliorés. Les mesures prises par DD ont été détaillés à de multiples reprises, je n’y reviens pas.

La personnalité d’André Doré est sans doute aucune une composante essentielle du succès de la marque. A côté de son père dont les photos soulignent le caractère austère, André est plus chaleureux, avec un vrai talent de communicateur. L’œuvre de l’industriel se développe à la fois sur le domaine technique la création des « socquettes » en 1926, et la publicité qui l’accompagne) ; sur le plan industriel, avec la consolidation du réseau d’ateliers familiaux, et sur le plan social. Il peut compter sur l’appui de l’église, toujours présente, à tous les stades de la vie de la petite communauté. Les fêtes de famille sont l’occasion de rassembler les ouvriers et la hiérarchie catholique en une grande communauté, qui globalement, se range derrière lui.

La mort de Saint-Ange en 1931 n’interrompt pas le flux des réformes. André Doré est désormais seul à la tête de l’entreprise. Elle compte alors 60 ateliers familiaux. Qui sont-ils exactement ? André Doré s’en explique dans une lettre tardive, datée de 1940, adressée au service de l’Artisanat du nouveau gouvernement de Vichy. La description qu’il en fait montre à quel point le système des ateliers familiaux est une création DD, sorte d’élite ouvrière à laquelle il donne, par sa gestion particulière, une identité. La sincérité d’André Doré est incontestable : les ateliers familiaux, c’est, très probablement, son œuvre. Détail qui a toute son importance : tout au long de la lettre, André Doré écrit le mot « artisan » avec une majuscule.

« La maison Doré, plus que centenaire, a conservé une tradition aussi vieille que la Bonneterie française : la presque totalité de sa production est assurée par des artisans travaillant à domicile et souvent en famille.
Ces Artisans sont parfois des fils d’Artisans déjà installés, plus souvent d’anciens contremaîtres ou ouvriers d’usine, très qualifiés, aimant leur métier, désireux de soustraire leurs enfants aux promiscuités de l’usine et qui se présentent à nous déjà munis d’un léger pécule.
Nous conseillons à ces derniers d’acquérir un terrain de leur choix et de faire construire un petit atelier. A cet effet, nous prêtons les sommes nécessaires, c’est-à-dire 50 à 100 000 frs, au taux d’intérêt de 4% net.
Le futur Artisan choisit ses entrepreneurs et traite directement avec eux ; notre intervention se limite à des conseils techniques, fruit d’une longue expérience.
L’atelier, prévu assez grand, permet souvent l’aménagement provisoire de quelques pièces d’habitation.
Ainsi logé, l’Artisan est pourvu de métiers dont la valeur qui dépasse souvent 500 000 frs, est hors de proportion avec ses moyens mais que nous lui prêtons sans formalités et sans contrat d’aucune sorte.
Avec chaque commande, nous lui fournissons la matière première, transportée par un service de fourgons automobiles, qui reprend en même temps la marchandise fabriquée.
Le façonnier est maître chez lui. Il embauche et rémunère son personnel comme il l’entend, règle ses heures de travail, paie les frais généraux de son atelier, éclairage, chauffage, entretien du matériel, etc. Nous n’intervenons que pour les grosses réparations aux métiers et pour certaines transformations nécessitées par la mode.
Libre de traiter avec les industriels concurrents susceptibles de lui fournir du matériel, libre de nous rendre nos machines sans préavis, le Façonnier n’est soumis à aucune subordination et n’est lié à la Maison Doré, sa cliente, que par un contrat de louage d’ouvrages. C’est une véritable Artisan.
La liaison technique entre la Direction et les différents ateliers est assurée par les « visiteurs », chargés seulement de transmettre les commandes, les types d’échantillons, les proportions à observer et de s’assurer sur place de la conformité des articles fabriqués.
Nos Artisans-façonniers, minutieusement sélectionnés, réussissent généralement très bien. En cinq ou six ans, ils remboursent le prix de leur atelier. Ils nous empruntent alors une nouvelle somme, assez importante, leur permettant la construction d’une maison d’habitation confortable et même coquette.
C’est ainsi que la fabrication de DD est assurée par une cinquantaine d’ateliers disséminés dans la campagne et dans un rayon d’environ 20 kms autour de Fontaine-les-Grès. »

Cette lettre, fondamentale pour notre travail, serait un formidable exercice de lecture critique en classe de Première. Les recherches, bien qu’insuffisantes, menées autour de ces ateliers familiaux donnent quelques pistes. S’il s’agit bien de travail à domicile, dans le cadre d’une usine éclatée, dont le cœur et le centre de décision sont à Fontaine les Grès, les conditions de travail sont tout à fait particulières. Nous avons tenté d’approcher leur structure, mais dans un document tardif, postérieur à 1945 et pour beaucoup de données, antérieur à 1958. Les observations que nous en avons tirées doivent être utilisées avec précaution.

Ce qui frappe, c’est la disparité des ateliers : une poussière de petits ateliers, mais parfois des ateliers comptant des employés et pouvant atteindre la vingtaine de membres. Répartis le long de l’axe de la Seine, majoritairement, Fontaine les Grès se situe pratiquement à mi-chemin, entre Romilly et Troyes. Cependant, à la date de composition de ce document, presque la moitié des employés DD se trouve à Troyes et sa banlieue immédiate. Preuve s’il en est que la firme a su résister victorieusement à l’attraction des grandes usines troyennes. Ils sont sélectionnés pour leur savoir-faire et reçoivent du donneur d’ordre les machines et la matière première ; leur travail est contrôlé par un « visiteur » sans que l’on sache si ce système est toujours bien accepté. Mais ces ateliers sont entretenus, valorisés, choyés, et n’ont rien à voir avec la situation lamentable du travail à domicile que nous avons décrite plus haut.

Autre remarque : DD n’est pas non plus un simple donneur d’ordre orchestrant le travail à domicile : il sélectionne son réseau, qui doit être de qualité, et implique les façonniers qui en sont les responsables. Cette obsession de la qualité est sensible dans toutes les prises de parole et renvoie tout de même à la conception artisanale de la firme, sur laquelle André Doré insiste dans son courrier à l’administration de Vichy. Cependant, s’il y a une touche indéniable de conservatisme dans cette position, il y a aussi le choix, du moins le dit-il, de reconnaître à l’ouvrier sa dignité et son savoir-faire, que l’usine lui fait perdre irrémédiablement. Il nous manque toutefois l’autre face de la monnaie pour conclure : aucune étude sur les ateliers familiaux ne nous permet d’infirmer ou de confirmer la lettre d’André Doré, sinon quelques rares photos, qui ont aussi leur code de lecture.

Enfin, Doré-Doré fait l’éloge de ses ateliers au moment même où la courbe des membres du personnel hors Fontaine-les-Grès est en train de baisser. Là-dessus, les chiffres se contredisent, mais il est clair que la période faste se situe dans les années 20 et 30. Le point le plus bas correspond à la Deuxième guerre mondiale, et la reprise qui suit est « moins peuplante » car les machines étant  plus performantes, le rôle des ateliers familiaux décline inexorablement.

André Doré place dans le même courrier la liste commentée de tous les avantages sociaux offerts à son personnel. Nous l’avons évoqué plus haut. L’essentiel des mesures se fait en deux temps : entre 1919 et 1922, ce sont les logements et leur équipement ; de 1926 à 1932, ce sont surtout toutes les mesures sociales qui forment un ensemble probablement parmi les plus ambitieux de l’époque. Tous les domaines du quotidien sont couverts : logement, équipement, instruction, culture, sport, et santé.  L’ensemble est si convaincant, qu’en juin 1931, l’hebdomadaire L’instantané fait le compte rendu du 32e congrès de l’Union des sociétés photographiques de France et titre « L’instantané chez un socialiste ». En effet le congrès se tenant à Troyes, tous les participants ont été invités à se rendre à Fontaine les Grés, où vit une société idéale, grâce à un entrepreneur pas comme les autres.

L’élan vient donc de la période où André Doré gérait l’entreprise aux côtés de son père. Bien que les mesures constituent un ensemble de petites touches, on peut penser qu’il y a eu au départ un projet global, et se pose alors la question des influences qui ont pu agir sur les deux entrepreneurs. Bien sûr il faut évoquer la position des catholiques sociaux, très influents dans la Marne, derrière l’archevêque de Reims Monseigneur Langénieux, dont on dit qu’il a été l’un des inspirateurs de l’Encyclique De rerum novarum, du pape Léon XIII. Il faut aussi évoquer les réalisations plus ou moins utopiques de la fin du XIXe siècle, avec l’expérience du Familistère de Guise, dont le promoteur, Jean-Baptiste André Godin meurt en 1887 ; ou encore, plus près de nos industriels, celle du béguinage industriel de Warmeriville, que son fondateur, Léon Harmel, dédie à la Vierge. Leur témoignage a circulé et a été commenté. Nul doute que l’action des Doré-Doré n’en traduise l’impact. Beaucoup plus proche, le mouvement des cités jardins démarré avant la Première guerre mondiale, mais qui acquiert toute sa force et sa nécessité dès la fin du conflit, avec la Reconstruction, a pu donner des idées aux Doré père et fils, avec la cité-jardin du Chemin Vert de Reims et les réalisations très commentées du directeur de la Compagnie ferroviaire du Nord, Raoul Dautry, en particulier sur Tergnier. Leur œuvre à tous est contemporaine. Une autre action éclatante de paternalisme social est celle des frères Sommer à Mouzon, dans les Ardennes, qui ont développé l’intéressement dans l’entreprise au point d’inspirer la politique sociale du Général de Gaulle. Très probablement, comme nous l’avons signalé plus haut, les réseaux familiaux et d’amis ont pu jouer un rôle plus grand encore. En 1936, la fille aînée d’André Doré, Rita épouse Marcel Le Blan, rejeton d’une des dynasties du textile lillois les plus puissantes. Or ce jeune homme était le petit-fils du parrain d’André Doré. L’industriel aubois était donc en étroite relation avec les meilleurs représentants du catholicisme social textile. Il serait intéressant d’en faire une étude comparée, de laquelle, sans nul doute, l’œuvre d’André Doré l’emporterait sur les autres du fait de sa diversité et du souci d’approcher « le social » au plus près. Dans le giron de l’Église, bien sûr : il n’existe pas à cette époque un patronat non chrétien.

À qui tout cela était destiné ? En principe à tout le monde, y compris les ateliers familiaux mais ceux-ci étaient trop éloignés pour en bénéficier. Par contre, la politique de Doré entérine le rôle central de Fontaine les Grès, d’abord simple comptoir de coton et donneur d’ordres, puis structure commerciale où l’on recevait les fibres à distribuer et expédiait le produit fini. Mais on trouvait aussi, à l’usine, des ateliers de finition, plus tard des ateliers de production et surtout tout le service mécanique puisque l’usine montait et réparait les machines qui étaient confiées aux ateliers de familles. C’était à terme une usine complète, qui concentrait une main d’œuvre de plus en plus importante.

Le succès de l’entreprise reposait sur la qualité des produits et l’innovation (dont les célèbres socquettes). Le tournant à prendre, après la Deuxième guerre mondiale, était celui des bas nylons. Trop importantes et trop chères, les machines ne pouvaient plus être confiées aux ateliers de familles. André Doré se résolut à ouvrir une usine derrière la gare en 1954, la CET, dont le chiffre d’ouvriers masque la chute progressive des ateliers familiaux, victimes du changement de clientèle : là encore, hypothèse qui demande vérification. La disparition d’André Doré a été un coup dur, dont l’entreprise ne s’est pas relevée : lui seul avait le sens du marché et de la mode, lui seul savait gérer les conflits qui ne manquaient pas de surgir dans une entreprise aussi complexe. Il dit, lui-même, dans son courrier à Vichy, combien la gestion de cette entreprise éclatée était complexe. Mais le système a bien fonctionné : de son vivant, il n’y a pas eu un seul jour de grève à Fontaine-les-Grès.

Les ateliers familiaux (qui, pour les plus gros, employaient des ouvrières à domicile) sont donc une expérience originale d’usine éclatée. Au moment où la pratique du travail en chambre était dénoncée, avec les tares que l’on a soulignées, André Doré avait, sur une base existante d’ateliers à domicile, créé une aristocratie ouvrière, certes moins bien payée qu’en usine, mais valorisée, aidée et respectée. Telle que nous avons pu l’approcher, il s’agit d’une expérience inscrite dans le temps, celui des années 30 et de l’expérimentation sociale caractéristique de cette époque. Tel qu’elle est,  elle reste un cas particulier.

Le travail à domicile a existé de tous temps, avec ses caractères propres et pour des productions déterminées. Le caractère moins exclusif de l’usine, aujourd’hui, a mis en lumière une forme de travail bien plus répandue qu’on a pu le penser. Une vue d’ensemble est encore prématurée mais elle seule permettra de comprendre un phénomène historique d’une dimension sous-estimée et d’une grande capacité d’adaptation aux situations concrètes les plus diverses.

Gracia Dorel-Ferré, docteur en Histoire, Présidente de l’APIC

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Notes

  1. Le texte présenté ici est celui de la conférence qui a été prononcée dans le cadre des journées du bicentenaire de la firme DD, à la demande des organisateurs, Éric Blanchegorge, directeur des musées troyens, et Dominique Fiorano, chef de projet pour le musée CE3M (marques, modes, maille).[]
  2. La dernière histoire générale du travail date de 1960, sous la direction de Louis Henri Parias ; rééditée à plusieurs reprises pendant les années 1960. Récemment, les études et recherches sur ce sujet se sont multipliées, ce dont rend compte le site de l’Association française pour l’Histoire du Travail (AFHMT), dont la consultation est indispensable. Sur ce point précis du travail à domicile, voir aussi : PAYE, S. (2019) Usine et dépendances. Le travail dans et hors de l’usine à Bata (1931-2001), Communication au séminaire « Travail, emploi et politiques sociales », 1er octobre 2019, 2L2S Nancy.[]
  3. AVRANE, C. (2013) Ouvrières à domicile, pour une histoire du travail, Rennes.[]
  4. Voir le dossier sur Doré-Doré en ligne sur www.patrimoineindustriel-apic.org, signé de Jean-Louis Humbert []
  5. Rôles d’imposition pour la réparation des presbytères (1787-1789), série C, Archives départementales de Laon. Recherche effectuée par des normaliennes et les normaliens des promotions 1985-1989.[]
  6. Ce terme est ancien, et correspond à un lieu de fabrication. À partir du XIXe siècle, on parlera indifféremment de fabrique ou d’usine, en ce qui concerne la langue française. Le terme d’usine finira par s’imposer, pour s’attacher uniquement aux grandes structures de fabrication, alors que la fabrique conserve une taille plus modeste.[]
  7. Ces chiffres étant indicatifs car les auteurs (Vanier, Darbod) ne sont pas toujours d’accord.[]
  8. C’est le cas des ouvriers de la coutellerie. Cependant le travail à domicile  n’acquiert un statut qu’en 1942, confirmé après la Deuxième guerre mondiale.[]
  9. Les travailleurs masculins, quand ils existent ne suscitent pas le même intérêt, puisque leur existence n’est pas une menace pour la société patriarcale.[]
  10. BERES, E. (1832) Cause du malaise industriel et commercial de la France et les moyens d’y remédier, Paris.[]
  11. AVRANE, C. (2018) « Les conditions de travail des ouvrières à domicile révélées par des photographies : le cas de l’Exposition universelle de Bruxelles de 1910 » Images du travail, travail des images, n° 6-7 Femmes au travail, quelles archives visuelles ?[]
  12. MENY, G. (1910) La lutte contre le sweating system, Paris.[]
  13. Ont été consultées, outre les nombreuses ressources de la Bibliothèque nationale, la revue La vie en Champagne, la thèse d’Helen Harden-Chenut sur les Ouvrières de la République, les travaux de l’APIC (Association pour le patrimoine industriel de Champagne-Ardenne) sur les Patrons de Champagne-Ardenne et l’Atlas du patrimoine industriel, où j’avais pu disposer du travail préparatoire de Nicolas Valli. Je me suis bien sûr appuyée sur les travaux de Jean-Louis Humbert, en ligne sur le site de l’APIC et j’ai pu bénéficier de l’aide directe de l’association des salariés de DD, à travers Florence Tallandier à qui va toute ma reconnaissance.[]
  14. En particulier le Livre d’Or de l’entreprise que nous avons pu consulter. Une copie est conservée aux Archives Départementales de Troyes, une autre à l’Association des salariés de DD[]