100 sites remarquables en Champagne-Ardenne

Dans le département de l’Aube
Sélection réalisée par Jean-Louis Humbert, 2020


1. Usine de bonneterie Furgon/Sinelle, Aix-en-Othe
(Cliché Arch. dép. Aube)
L’entreprise est créée en 1849 par Louis Alphonse Michaut aîné, fils d’un fabricant en bonneterie. Ernest Furgon (1840-1908) y est d’abord employé puis devient l’associé de Michaut en 1873 dans Michaut aîné et Furgon, avant de lui succéder en 1889. En 1903, il associe ses trois contremaîtres – Émile Sinelle, Edmond Léon Collot et Henri Déghey – dans E. Furgon et Cie. Après son décès en 1908, la raison sociale devient Établissements Sinelle, Collot et Déghey. Fernand Sinelle puis Hubert, Henri Collot et Pierre Déghey se succédent à la direction de l’usine qui ferme ses portes en 1958.
La bonneterie Furgon est réputée pour ses bas et maillots pour cyclistes ainsi que pour ses chaussettes fantaisie et obtient de nombreuses médailles aux expositions de Troyes, Paris (1900), Bruxelles, Saint-Louis…
Une grotte est construite dans la cour de l’usine. Le site, encore dominé par sa cheminée, est désormais dévolu à l’habitat.
agrandir l’image
2. Usine de bonneterie Bruley, Estissac
(Cliché Jean-Louis Humbert, mai 2007)Titre du spoiler
Cette usine de bonneterie est établie par Félix Bruley-Mosle en 1865, puis exploitée sous la raison sociale Bruley Frères vers 1925, époque où l’usine est agrandie. Elle produit bas, mi-bas, socquettes, bas sport et chaussettes. Sa marque Bestiss connaît une certaine notoriété dans les années 1950-1960. La société Doré-Doré de Fontaine-les-Grès acquiert les locaux en 1967 à la suite d’un incendie partiel. L’usine principale, surnommée « la générale », emploie une cinquantaine d’ouvriers et fournit, tout au long de son existence, du travail à un réseau de façonniers à domicile.
Le site montre à gauche de la cour d’entrée de petits ateliers de plain pied en briques, à gauche un bâtiment à étages en briques et pans de fer, visibles dans la remise à laquelle on accède par un porche à arc cintré. La façade sur rue de cette aile porte la date 1907. Face à l’entrée se situent les bureaux.
Depuis 1994-1995, les lieux acquis par l’OPAC de l’Aube ont été réhabilités pour accueillir un foyer de vie pour 30 résidants handicapés. Une partie des ateliers accueille le musée de la Mémoire paysanne, réalisation du Syndicat d’initiative d’Estissac, aidé par quelques bénévoles désireux de préserver une partie du patrimoine local.
agrandir l’image
3. Filature de l’Enclos, Virey-sous-Bar
(Cliché Jean-Louis Humbert, juillet 2005)
Avant la Révolution française, le site de l’Enclos comprend un moulin à farine et un moulin à foulon. Devenus biens nationaux, ceux-ci sont acquis par un cultivateur qui les revend en 1826 à un filateur troyen qui entend utiliser la force hydraulique. Il répare les moulins, construit un bâtiment le long de la rivière, mais est contraint de céder le site au filateur Riste. Celui-ci érige un bâtiment à la place du vieux moulin, ainsi qu’une cité ouvrière. La filature de laine peignée entame son activité en 1828. Auguste Couchot, négociant parisien, l’acquiert en 1833. Deux turbines sont mises en place en 1839. Une roue de 7 mètres de diamètre et de 7 mètres de large est mise en place en 1853 pour augmenter la force motrice.
À la suite de la faillite de l’entreprise en 1885, Paul Raguet, un des grands fabricants troyens de sous-vêtements, acquiert l’usine en 1888. Elle possède alors 7 600 broches. Raguet améliore le matériel et le rendement par l’installation d’une troisième turbine. En 1895, il met en place une machine à vapeur de 150 cv et fait construire un vaste atelier en rez-de-chaussée, élevé en moellons de calcaire et couverts de sheds. Il fait monter quatre renvideurs qui portent à 12 240 le nombre des broches. La filature alimente de nombreuses entreprises de bonneterie. En 1900, un incendie détruit les bâtiments édifiés en 1827-1828. Au début du XXe siècle, une machine Compound de 450 cv est en place. En 1910, la crue de la Seine interrompt l’activité et amène l’évacuation des cités ouvrières. Pendant la Grande Guerre, l’activité est maintenue, le personnel mobilisé étant remplacé par des filateurs venus du nord de la France occupé.
La SA Filature de l’Enclos est créée en 1923 et exploite le site jusque dans les années 1970. De 1980 à juin 2004, la bonneterie troyenne Valton, puis Les Tricotages de Lenclos, occupent les bâtiments à l’exception du moulin qui est alors abandonné puis détruit au tout début du XXIe siècle. Les logements ouvriers ont été réhabilités.
agrandir l’image
4. Usine de bonneterie Lille, Marigny-le-Châtel
(Cliché Jean-Louis Humbert, mars 2004)
Les Établissements Lille sont fondés vers 1895, lorsque Lucien Lille quitte ses associés des Établissements Jossier-Lille-Crespy pour établir une usine de bonneterie. Il fait édifier la villa Lille par l’architecte romillon Arthur-Charles Clément, aussi auteur de l’école enfantine, du bureau de poste de Marigny-le-Châtel.
L’usine est agrandie avant 1914 puis entre 1925 et 1930, époque qui voit la construction de logements ouvriers. La raison sociale est alors Les Fils de Lucien Lille. L’établissement cesse son activité vers 1960. Actuellement, les logements ouvriers demeurent occupés. Le site de production a été détruit à la fin des années 1990 au profit d’un programme immobilier qui a converti les anciens bureaux en logements.
agrandir l’image
5. Usine Claverie, Romilly-sur-Seine
(Cliché Jean-Louis Humbert, avril 2012)
En 1894, quatre employés de l’entreprise Kretz suggèrent à Charles Auguste Delbret Claverie, fabricant de tricot élastique à Paris, de créer une usine à Romilly. En 1895, Claverie fait construire rue Mérenda, actuelle avenue de la Liberté, une usine de bonneterie produisant des tissus élastiques destinés à la fabrication de sous-vêtements féminins. Le succès amène en 1902 un agrandissement au sud avec atelier de mécanique. La superficie atteint 3500 m2. À partir de 1904, l’établissement est dirigé par Georges Bos, ancien collaborateur de Claverie. En 1905, il devient la propriété de la SNC Georges Bos et Louis Puel. De nouveaux aménagements sont réalisés en 1913 et 1919. Les Établissements Claverie mènent une active politique sociale : logements des cités Claverie, organisation de prévoyance, caisse de retraite…
En 1923, une société Louis Roques, Georges Arachequesne et Cie voit le jour après la mort de Georges Bos. Elle devient la société immobilière Bos en 1927. L’entreprise, qui continue de porter le nom de Claverie, connaît une forte expansion après la Grande Guerre. Elle possède des succursales ou des dépôts dans de nombreux pays et propose une large gamme de produits : corsets, ceintures anatomiques, soutiens-gorge, appareils d’orthopédie, bas à varices, bandages herniaires. Elle peine à surmonter la crise des années trente et ne fonctionne plus que dans une partie du site.
De 1966 à 1970, les Établissements Camuset (Le Coq sportif) installent leur production de survêtements dans une partie de l’usine. Les locaux où se maintient l’activité propre à Claverie ferment leurs portes en 1974. La Ville de Romilly-sur-Seine acquiert la partie nord des bâtiments en 1975. En 2006, une partie de ceux-ci – 370 m2 – est réhabilitée en cabinets d’architecte, d’infirmière et de kinésithérapeute. La partie sud du site est dévolue à un commerce jusqu’en 2005.
En 2010, la société le Coq sportif, de retour dans son berceau romillon, installe un centre de développement sur l’ex-friche. En 2012, elle y ouvre un centre technique de 860 m2 dédié à la conception et au développement des collections haut de gamme. Les locaux ont été réhabilités par la Ville de Romilly.
agrandir l’image
5bis. Les Établissements de bonneterie Gérard et Fortier, Arcis-sur-Aube
(Cliché Arch. dép. Aube)
En 1835, les maisons parisiennes Savouré et Despretz, implantées à Arcis et jusque-là associés, se séparent. En 1836, Despretz fait entrer son gendre Fortier dans son affaire qui devient Fortier-Despretz, marque F.D. La société contrôle autour d’Arcis la production d’un réseau de façonniers à domicile qui apportent leur production de bas et de chaussettes dans un dépôt, 44 rue de Troyes. La production, 26 000 paires par an, est ensuite expédiée vers Paris pour être terminée et vendue. En 1870, la société occupe à Paris trois appartements, 128 rue de Rivoli. On y trouve l’habitation, les stocks, les bureaux et les apprêts. Vers 1872, Fortier disparaît et sa fille Marie épouse Henri Gérard, acheteur aux Magasins du Louvre. La société, spécialisée dans les fils fins et soignés, devient Gérard et Fortier, marque G.F. Henri et Marie Gérard prennent leur retraite en 1901. Les enfants Gérard, Georges et Charles, succèdent à leurs parents en 1901 sous la raison sociale “Gérard-Fortier Frères” et fondent une usine en 1910.
Après la Grande Guerre, l’usine et les ateliers familiaux restent spécialisés dans la fabrication d’articles de luxe et de haute fantaisie. La marque GEF est déposée en 1927. Au cours des années 1930, les travailleurs à domicile disparaissent, la production étant désormais totalement assurée à l’usine. En 1938, Georges Gérard quitte la société. Verley, Boin et Deshayes lui succèdent, Charles Gérard continuant d’assurer la présidence jusqu’en 1959. Après la Deuxième Guerre mondiale, la société poursuit la fabrication des chaussettes. En 1962, elle produit des pulls shetland fully-fashionned. L’usine est alors agrandie par d’importants bureaux, tandis qu’une unité de production est créée à Montceaux-les-Mines (1964). En 1966, la société fusionne avec la bonneterie de Tergnier (Aisne) et développe la fabrication d’articles coupés-cousus jusqu’en 1980, année où elle dépose son bilan. Les comptes sont redressés en 1983. La société passe sous contrôle de Sotexa et obtient en 1984 la licence Pierre Cardin. En 1994, la Sotexa passe dans le giron de Courtaulds Textiles (Royaume-Uni) et est chargée de la production des collants Well jusqu’en 2003, date à laquelle, pour des raisons de stratégie commerciale, le groupe ferme le site, rasé en 2011.
agrandir l’image
6. Usine Gillier/Lacoste, Saint-André-les-Vergers
(Cliché Jean-Louis Humbert, juillet 2004)
Cette maison est fondée en 1825 par César Dalichamp. Elle est ensuite dirigée par son gendre Alexandre Cambon, puis par son petit-fils Maurice Gillier à partir de 1881. André Gillier, fils de ce dernier et polytechnicien, assure la direction à partir de 1908. À sa mort en 1935, Jean et Maurice Gillier dirigent l’entreprise qui devient la SA Gillier.
L’usine quitte définitivement le boulevard Victor Hugo après la Grande Guerre pour Ma Campagne, un site de Saint-André-les-Vergers, acheté aux Oblats de Saint-François-de-Sales en 1903-1904. Elle utilise les locaux du Petit et du Grand Saint-Bernard, établissements d’enseignement fondés par le Père Brisson en 1872 et 1875, avant de s’y développer. Avant 1939, la salle des métiers Cotton est réputée la plus grande d’Europe. L’achat de concurrents et la production du Lacoste, à partir de 1936, font de Gillier l’entreprise phare de l’entre-deux-guerres. L’expansion se poursuit après la Seconde Guerre mondiale avec les marques de sous-vêtements Orly, Jil, Polichinelle.
En 1962, les Éts Gillier passent sous le contrôle du groupe Lévy/Devanlay qui atteint ainsi le sommet européen. Cette société connaît une réussite spectaculaire liée à la distribution dans les grands magasins et les magasins populaires que l’entreprise contrôle tout ou partie. La baisse des ventes et la lourdeur des crédits amènent une crise au début des années 1970. En 1974, Pierre Lévy laisse la place à son gendre Léon Cligman et à son groupe Indreco. Cligman relance le Lacoste à partir de 1976 et poursuit les reprises de concurrents (cf. Dupré à Romilly-sur-Seine en 1981). Devanlay SA naît en 1984.
En 1998, la société est rachetée par le groupe de distribution suisse Maus Frères. Les activités jugées peu rentables, comme le sous-vêtement, sont cédées. La société se repositionne sur la qualité et le prestige. Depuis 1999, elle possède la licence mondiale de fabrication des textiles Lacoste. Elle développe un réseau de 800 boutiques dans le monde et ses ventes augmentent grâce notamment au piqué stretch, innovation mise au point à Troyes. Devanlay SA salarie 1 000 personnes dans l’Aube.
agrandir l’image
7. Bonneterie Journé-Lefèvre, Sainte-Savine
(Cliché Jean-Louis Humbert, septembre 2018)
Le couple Edme Évrard-Augustine Dard fonde en 1856 la Société commerciale de l’Aube pour l’exploitation de la bonneterie. Il édifie, en 1866 et 1871, une blanchisserie et une fabrique de bonneterie circulaire 10 et 12 rue Saint Rémy, actuelle rue Benoît-Malon. Après le décès de son époux en 1886, la veuve Évrard-Dard loue les deux sites.
En 1906, Antoine Journé prend la suite de la société Ruotte, installée 12 rue Benoît Malon. En 1908, il est médaillé d’or à l’exposition de Londres pour ses productions de bonneterie et s’associe avec Pierre Lefèvre avec lequel il acquiert l’usine.
Société anonyme en 1924, puis société à responsabilité limitée en 1926, Journé-Lefèvre s’agrandit : construction d’ateliers dans la cour centrale en 1925, d’un bâtiment en béton armé à trois sheds au sud du site entre 1929 et 1931, et achat de l’usine située 10 rue Malon, occupée jusque-là par les Tricotages Mécaniques de Pontarlier, en 1933.
Après la Seconde Guerre mondiale, la société poursuit son activité, toujours animée par les descendants des fondateurs. La société quitte la rue Benoît-Malon en 2001, s’installe à Troyes sur le site de la Bonneterie du Pont-de-Châlons, dans un bâtiment mieux adapté à son activité et à sa taille, mais dépose son bilan en 2003.
L’OPAC de l’Aube achète Journé-Lefèvre en 2001. En 2004, la réhabilitation confiée à l’architecte Jacques Téqui permet de restituer l’usine de bonneterie dans son organisation première autour d’une cour centrale et de son jardin. Une cheminée est conservée.
Les ateliers de la partie centrale sont transformés en lofts. Le décor des pignons et les oculi de pierre sont restitués, la charpente et les poteaux de bois de la structure sont conservés. À droite, le bâtiment de bureaux, accolé à la maison de type patronal, abrite des lofts et des services. À gauche, l’ancien magasin de vente est transformé en lofts. Au n° 10, l’OPAC rase la blanchisserie et sa cheminée, remplacées par un immeuble de logements. Au sud, les bâtiments de 1931, accueillent des lofts et des bureaux en 2004.
agrandir l’image
8. Usine Saint-Joseph (Valton, Petit Bateau), Troyes
(Cliché Jean-Louis Humbert, novembre 2002)
Allié aux Quinquarlet, importante famille d’industriels du textile troyen, Pierre Valton (1835-1919) fait construire sa propre usine en 1892 par Collot, ingénieur des Arts et Métiers.
L’architecture homogène de l’usine des origines est peu à peu hybridée par l’ajout de bâtiments de styles différents. Le bâtiment de la chaufferie, décoré d’une horloge et d’un drapeau tricolore marqué du Sacré Cœur, est surmonté d’une statue de saint Joseph portant l’enfant Jésus. Ce patronage est inspiré par les théories de Léon Harmel et débouche sur une politique sociale au sein de l’entreprise.
Les tissus tricot produits en laine, mélangé ou coton, sont transformés en sous-vêtements pour hommes, femmes et enfants. La spécialisation dans le vêtement pour enfants (culotte Baby sans jambes, brassière Baby sans boutons) et la création de la marque Petit Bateau, déposée en 1920 et popularisée par le personnage de Marinette, font la réputation et la fortune de la société. En 1937, tout l’Hexagone connaît Marinette et Petit Bateau se voit consacré à l’Exposition universelle de Paris. Outre Petit Bateau, les principales marques déposées sont Australie, Alaska et La Comète.
Après-guerre, Petit Bateau propose une ligne complète de vêtements pour enfants. Yves Rocher rachète la société en 1988, la recentre sur le sous-vêtement pour enfant, change de logo et communique. En 1994, la marque renaît lorsque les rédactrices de mode détournent l’un des produits de la gamme enfant, le tee-shirt, en le faisant porter par des mannequins. Aujourd’hui, Petit Bateau vise aussi les jeunes filles et les femmes et vend environ 30 millions de pièces chaque année. La société développe de plus en plus son réseau de boutiques en France et à l’étranger. Elle emploie plus de 1 300 salariés dans l’Aube, mais la production est de plus en plus délocalisée en Tunisie et au Maroc. En 2012, elle ferme l’usine de Tonnerre et ne conserve en France que les sites de Troyes, Pont Sainte-Marie et La Chapelle-Saint-Luc.
agrandir l’image
9. Usine Vitoux, Troyes
(Cliché Jean-Louis Humbert, septembre 2003)
Les Établissements Vitoux-Derrey sont fondés en 1889 par Léon Vitoux et son épouse Marguerite Derrey, fille de fabricant de bonneterie. Ils débutent avec quelques métiers hollandais qu’ils spécialisent dans la fabrication de bas et chaussettes fantaisie en tous genres (collection de mille modèles). L’usine se développe considérablement entre les rues de la Paix et Brûlard, sur les plans de l’architecte Félix Bouton. Vitoux est l’un des premiers à se préoccuper d’action sociale. Dès 1904, il prône la diminution des heures de travail des femmes et se préoccupe de leurs enfants. L’usine est construite dans le respect de l’hygiène : partout de la lumière, de l’air et de l’espace afin de rendre agréable la fréquentation de l’atelier.
En 1908, Léon Vitoux fait appel à son gendre, Léon Poron, puis en 1919 à son fils Marcel Vitoux (Vitoux, Gendre & Fils), tous deux ingénieurs des Arts et Manufactures. L’usine regroupe toutes les étapes de la fabrication : bobinage, tricotage, finition, teinture et apprêt pour la mise en forme des bas. En 1925, les usines Vitoux s’adjoignent une branche mécanique pour la fabrication de machines à remmailler (Marcel Vitoux met au point la machine Vitos pour remmailler les bas qui, de plus en plus fins, filent trop facilement). Plus tard, s’ajoute un département lingerie et tricot. L’ensemble couvre 20 000 m2. Vitoux spécialise ses usines de Lusigny et Nogent-sur-Seine dans la fabrication des chaussettes d’homme et d’enfant, et celles de la Gabelle (Troyes) et de Châlons-sur-Marne dans la fabrication du bas. La marque Mondia obtient de nombreuses récompenses dans les expositions.
Les enfants Robert et Henri Poron, Pierre Vitoux et son gendre Raymond Guétin parviennent aux commandes de l’entreprise vers 1940. Le site s’agrandit par l’acquisition des proches Établissements Médinger. En 1944, Vitos figure parmi les quatre usines qui mettent au point le tricotage du nylon en France et lance les premiers bas 15 deniers. Ce produit assure la prospérité de l’entreprise durant les années 1950-1960. Elle compte un millier d’employés et est l’une des premières à délocaliser sa production, d’abord au Mexique (1955), puis au Portugal. Elle utilise largement la publicité pour faire connaître ses produits, enquêtes Dans les mailles de l’inspecteur Vitos sur Radio-Luxembourg, par exemple.
En 1970, Vitoux emploie 380 personnes. En 1979, il n’en reste que 70. En 1985, l’entreprise est placée sous tutelle de la Lainière de Roubaix, puis est rachetée par le groupe Prouvost. Vitos SA subit la concurrence des marques de la nouvelle maison-mère, Rodier et Korrigan, tandis que la production est de plus en plus délocalisée. L’usine ferme ses portes en 1989. Les bâtiments sont vendus et démolis en 1990. Seuls trois d’entre eux sont réhabilités en bureaux par l’architecte Gérard Poron et commercialisés par la SIABA. Le nom de Vitos se maintient dans le groupe VEV (Vitos Établissements Vitoux) qui emploie 1 700 salariés dans le Nord mais connaît de graves difficultés en 2003.
agrandir l’image
10. Usine du Vouldy (Koechlin, Jourdain, TMT), Troyes
(Cliché Jean-Louis Humbert, septembre 2013)
En 1877, Henriette Frauenfelder, veuve de l’entrepreneur mulhousien Alfred Koechlin, achète la “Propriété du Vouldy” et deux autres terrains proches. L’un d’entre eux est acquis avec Henri Weber, manufacturier troyen résidant 31 mail des Blanchisseurs, actuel boulevard du 14 Juillet. Ils y édifient la filature de coton Weber et Cie, 13 rue du Pré l’Évêque, actuelle chaussée du Vouldy. L’établissement comprend une filature de 10 000 broches, une teinturerie industrielle et un atelier d’impression sur bonneterie. Le matériel de filature et la machine à vapeur de 120 chevaux proviennent des ateliers Koechlin. La salle de la filature mesure 35 m de large sur 120 m de long. Le site emploie 190 personnes et fabrique des articles de bonneterie à partir des années 1880. La Filature du Vouldy est exploitée par la société en nom collectif Antuszewicz frères de 1882 à 1893. Venus de Remiremont et proches des grands industriels mulhousiens, Gustave Antuszewicz, négociant, et Paul Antuszewicz, ingénieur des arts et manufactures, louent les installations 50 000 francs par an et versent 35 % des bénéfices. Le contrat évoque une cité ouvrière. Vers 1900, le site est occupé par la Teinturerie de coton Léon Gobinot.
La filature est exploitée de 1905 à 1912 sous la raison sociale Société Anonyme Filature du Vouldy. La SA, au capital de 600 000 francs, est fondée par Mathilde Koechlin, de Belfort. Les huit actionnaires sont originaires de l’Est de la France, à l’exception des Troyens Georges Douine, filateur, et Eugène Lorentz, fabricant de cylindres. Un ouvroir, qui accueille les jeunes apprenties mineures gardées par une surveillante adulte, existe à proximité de l’usine et perdure jusqu’aux années 1960. En 1915, l’activité de filature est poursuivie par Jourdain et Cie, société constituée en 1900 à Wignehies (Nord). En 1919, l’entreprise sollicite Charles-Édouard Jeanneret, dit Le Corbusier, pour rénover et agrandir une cité ouvrière existante, la Cité du Vouldy, projet qui ne se réalisera pas pour des raisons encore inconnues.
En 1958, la société des Tricotages Mécaniques Troyens, fondée en 1941, quitte le boulevard du 1er RAM pour s’installer rue Jean Nesmy où elle produit les articles de marque Mariner et Trois Matelots. En 1946, le siège de la société est transféré à Lille, puis à Lomme, banlieue de Lille, en 1954.
L’usine TMT produit les articles de la marque Guy de Bérac (1972), puis intègre le groupe Armor-Lux (1992). Outre Guy de Bérac, le groupe possède les marques Terre et Mer, Bermudes. En 2005, le site troyen occupe 200 employés : 130 à la production, 70 à la démonstration.
L’usine de plain-pied présente une certaine homogénéité architecturale, mais on peut lire ses diverses extensions à travers les matériaux. Le magasin industriel parallèle à la rue Nesmy est en pan de bois et murs enduits. Les ateliers de fabrication et la salle des machines sont en moellons. Le site est dominé par une cheminée édifiée en 1877.
En 2006, le site est repris par l’OPAC de l’Aube qui souhaite y développer des logements. L’activité et la cinquantaine de salariés sont transférées à Sainte-Savine (ZI Savipol) en 2010. En 2012, l’OPAC devenu Aube Immobilier revend une partie du site à la Ville de Troyes (1,1 million d’euros pour 19 000 m2 dont 8 000 m2 couverts) pour abriter le futur centre européen maille-mode-marques (CE 3M) et les réserves muséales.
agrandir l’image